Vincent

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Ferme les yeux dans le noir et imagine un ciel bleu nuit. Je souffle les bougies. Je ferme les yeux. Le vert orangé du bec de gaz se glisse sous mes paupières ; la nuit se cache dans la lumière ! Voir le fourmillement des absences, le saisir avec un filet bleu ; noir ? ; argenté ? Marteler encore et toujours : " La nuit n'est pas une nature morte, elle grouille de vies !" Peindre la nuit c'est peindre la vie ? Impossible à peindre, la vie ! Un morceau, une tranche... à la rigueur... L'immensité, passe encore... Mettre des couleurs sur une toile et clamer : "Messieurs dames, voici la vie !" Fumisterie ! Tu as posé un fond, voilà tout. Ne pas renoncer... Et les autres là, qui sirotent et papotent sans souci... Se foutent des vies qui planent sur leur tête... Ont raison ! La leur... Lalère. Si au lieu de peindre "La" nuit, je peignais leur nuit, celle d'ici ? Une petite nuit arlésienne, pour vies qui survivent sous une lanterne. Une nuit à l'échelle humaine. Éluder l'universel pour réussir le particulier. Oui et non. J'ai le droit d'utiliser le particulier pour atteindre à l'universel ; de transiter... Je ne m'en prive pas ! Je le déforme, je le torture, j'en exprime le jus ! J'ai la trouille de couper le cordon... De peindre seulement du jaune soufre pâle, étouffé par le noir. Pas de lumière sans la nuit... Deux triangles qui se rejoignent par un sommet et diffusent, qui le sombre, qui la clarté. Voilà ce qu'il faut faire. Mais comment indiquer qu'il s'agît là d'une nuit locale ? Je dois y réfléchir... Ah ! Si je laisse la noirceur de l'arrière-rue envahir le surplomb de la terrasse, ma nuit ne rayonne plus ! Place à un violet qui déclinera jusqu'au mauve de la rue... Des volets que rien n'éclaire aussi verts que l'arbre éclairé... Je me permettrai l'ineptie : j'ai besoin de toute cette verdure froide, pour réchauffer les jaunes et les bleus. Et puis le vert est vivant ; donc mortel. Un paramort qui protégera mes créatures. Je les veux pérennes ; apaisées ; consommant à peine. Les tables... Le ciel... Les étoiles... Mes tables, comme des étoiles tombées sur la terrasse... Voilà ma nuit locale ! : elle se reflétera sur la terre et son ombre triangulaire assombrira les pavés. Là-haut, une constellation rappellera le contour des immeubles et la disposition des tables... Une nuit locale ! Le toit de la terrasse me chagrine : il bloque la lumière... Sépare le haut du bas... Je ne peins pas un café et la nuit ; je peins un café la nuit. Comment élargir l'espace clair ? Tant pis pour la perspective, je vais soulever un bord de la toiture ! Et je mettrai en premier plan, à gauche, un portique bleu nuit foncé, l'encadrement d'une fenêtre éclairée. Parfait ! Les masses s'interpénètrent et s'équilibrent ; l'harmonie se fait... Je le sens, je le vois. Penser à éclairer la façade du magasin, à droite, et à disposer quelques personnages dans la rue... Allumons les bougies.

 

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