Ces textes sont protégés par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d'auteurs. Toute reproduction autre qu'à des fins personnelles est strictement prohibée.

 

 

Roland Chapnikoff

 

8 ANS AU BRÉSIL

Retour vers la page d'accueil

 

 

 

CHAPITRE 1

Le sable d'or de Copacabana torture le gamin : une plaie s'est ouverte sous son pied. Mais il sait, ils savent, qu'un flic court moins vite qu'eux sur une aire sablonneuse. Alors ils filent sur cette plage vers celle de Gavéa et plus loin encore vers celle qui les libérera, la plage dos Bandeirantes. Je peine à les voir, à les suivre, tant la nuit sombre est calme. Dans un trou de lumière, je les entrevois : deux enfants qui fuient main dans la main. Le grand doit avoir huit ans, une robuste charpente, la petite six ou sept mauvaises années qui l'ont laissée fluette. Elle court en geignant.

J'arrive du Chili ; enlevé par une bourrasque alors que j'espérais le salut de mes amis. J'ai traversé les Andes par le col de Copulhue, survolé l'Argentine, sa pampa, le fleuve Colorado jusqu'à Santa Rosa, et touché la mer à Buenos Aires. Puis vinrent L'Uruguay, Trinitad et la vallée du Cuchilla Grande jusqu'à Melo. Enfin le Brésil et la traversée du Rio Grande vers les perles de la côte que le pays porte en sautoir : Porto Alegre, Curitiba, Sao Paulo, et le joyau, Rio de Janeiro. Des milliers de kilomètres en aveugle, une nuit un jour de vol, et la dépression qui nous pose là.

Les gamins ont continué sans moi. J'aperçois les poursuivants, une demi-douzaine de solides gaillards en survêtement. Dans leurs mains, des matraques à dragonne comme en ont les flics américains. Je les suis. Je constate avec plaisir qu'ils peinent plus que les enfants. À la pointe de l'Arpoador ils s'arrêtent, excités et fiévreux comme des chiens qui ont perdu la trace : le sang leur échappe. Ils s'assoient. Je continue. Je rattrape les mômes qui courent toujours. Le garçon se retourne de plus en plus souvent. La gamine le supplie de s'arrêter. Ils s'immobilisent soudain pour vérifier qu'aucun bruit ne dérange le clapotis. L'océan plisse à peine sa peau noire ; un frisson qu'il jette sur le sable. Il règne un silence naturel . La chasse est terminée. La petite pleure en s'asseyant.

" Arrête de chialer, c'est fini. T'as été formidable ! T'as vu comme on les a semés ?! " Il regarde la plaie qui lui entaille le pied. Il se lève, fait quelques pas dans l'eau et revient à sa place en sautillant sur sa jambe valide. La petite se penche.

" On voit rien. T'as mal ?

_ Plus maintenant. Passe-moi ton foulard. " Elle lui donne le bandana qu'elle portait sur la tête. Il s'en fait un pansement.

" Tu me dis quand tu es reposée. Nous rentrerons par le champ de course. "

Ils s'allongent sur le sable. La fillette prend la main du garçon. À l'Est, les lueurs de la ville s'éteignent. Sur nos têtes, le ciel est métallique à force d'être étoilé. J'ai l'impression de me trouver dans une casserole dont je verrais le couvercle ! Un drôle de chaudron...

" Tu crois qu'elle reviendra maman ? " La petite voix pose la question, sans plus.

_ Je ne crois pas. Elle est au ciel.

_ Peut-être qu'elle nous regarde si elle est une étoile... Pourquoi on n'a pas de maman et de papa ?

_ Parce qu'ils avaient pas d'argent !

_ Avec quoi ils nous ont achetés alors ?

_ Je t'ai déjà expliqué que les enfants on les faisait avec le zizi. Tu retiens rien !

_ Alors pourquoi tu dis qu'on n'a pas de parents à cause de l'argent ?

_ Après ! Il faut de l'argent pour les garder, pas pour les faire ! Tu comprends ?

_ Pour manger ?

_ Oui. D'ailleurs on n'en a plus. Viens, il faut rentrer. "

J'aurais aimé savoir qui sont les types qui les poursuivaient. Les gosses n'en parlent pas : la poursuite devait être une catastrophe naturelle ou pour le moins, habituelle ! Les enfants regagnent la route du bord de mer. Ils longent la plage sur un kilomètre puis ils bifurquent à droite en direction d'un lac. De ma hauteur je l'aperçois comme une goutte de mer tombée dans la forêt. Nous le contournons par la droite. En fait nous revenons sur Copacabana. Ils marchent sans s'arrêter. Devant nous le ciel s'éclaire sur la baie de Rio. Nous avons grimpé entre la plage et le lac et par endroits nous dominons des zones habitées. Nous cheminons une demi-heure durant. Subitement nous quittons la route pour pénétrer sous le couvert d'arbres malingres. Quelques minutes dans ce maquis jonché de détritus et nous atteignons des baraques en planches, la lisière d'une favela. J'ai vu ces chancres défigurer le visage de l'homme dans presque tous les pays ; moins dans ceux du Nord, à cause du froid : là-bas on crève dans du solide. Nous descendons la forte pente d'une colline plantée de murs en bois. Nous habitons, semble-t-il, une maison plus grande que les autres : les enfants s'immobilisent devant. José colle son oreille contre la porte. Il murmure quelques mots à sa sur et ils se déshabillent. Lui reste en short et elle en culotte. Puis ils s'embrassent sur les joues et ils entrent.

Je me retrouve seul dans l'air plat. Je n'ose prendre de l'altitude de peur de les perdre. J'ai survolé Rio l'été dernier ; tout était différent : je participais à un ouragan et les Cariocas ont dansé une drôle de samba ! Mes jeunes amis furent-ils touchés ? Si je n'accepte pas ma nature et son destin, je vais devoir changer de métier ! Je sais que je n'en ferai rien car nous ne soufflerons jamais assez fort pour triompher de l'effort des hommes : nous soufflons sur des incendies qu'ils ont eux-mêmes allumés. On m'objectera que nous ne frappons que les plus faibles, les éternelles victimes. Soit ! Mais d'abord victimes de qui ? Alors pas de morale !

Je reste confiné sous une planche du toit, dans l'odeur du bois moussu, en attendant le matin. Pas d'oiseaux pour saluer l'aube, dans cette forêt désenchantée, ce cimetière de cercueils en plein air : des cris, des gémissements des pleurs. Les rires viendront avec le jour, quand les enfants sortiront. Ma "maison" ne s'animera qu'aux premiers rayons chauds : la chaleur expulsera de la couveuse une bonne douzaine de gamins, dont les miens. Le plus âgé doit compter moins de quinze ans, la plus jeune trois fois moins. Il y a quatre filles et huit garçons. José fait voir son pied au "chef", à celui que j'imagine comme tel car je ne vois pas qui pourrait contester physiquement son autorité. Une fille s'approche, gracile si ce mot contient grâce, belle si la beauté supporte la crasse, charitable si la charité commence par les autres. Et elle n'a que douze ans. Les deux grands n'ont pas l'air satisfaits. Je m'approche. Luisa, la petite sur, perçoit l'inquiétude et se met à pleurer. Le chef intervient :

" Pleure pas ! Tu feras mieux d'empêcher ton crétin de frère de bouger d'ici avant d'être capable de courir ! Vous l'avez échappé belle cette nuit ! Vous êtes tarés ou quoi ? Vous balader dans l'avenue du Président Vargas à minuit passé ! On ne vous le répète pas assez ? : vous devez être ici à la tombée de la nuit. Et à quelle heure elle tombe la nuit en ce moment ? Réponds crétin.

_ À dix heures.

_ Et qu'est-ce que vous foutiez à minuit ?

_ On regardait les gens...

_ T'entends Mary, "Ils regardaient les gens" ! Et qui c'est qui vous regardait, vous ? Les salauds de la brigade ! De la brigade de la... ?

_ Mort.

_ T'as pas l'air con pourtant ! Tu veux qu'on t'enlève ta sur si t'es pas capable de la protéger ? Toi, recommence pas à pleurer ! Je te préviens José, la prochaine fois, en admettant que tu en réchappes, ce n'est pas la peine de te pointer ici après ton exploit : nous n'avons pas besoin de kamikazes ! Compris ? Tu vas laver ton pied et tu le laisseras au soleil. Toi, Mary, tu iras chercher un médicament au dispensaire et tu le ramèneras fissa. Toi la petiote, je veux que tu gueules si ton frère bouge d'ici, même pour aller aux chiottes ! " 

C'était bien lui le chef ; le grand frère, le père. Je ne connais du Brésil que ses paysages continentaux où il fait bon courir : je tombe véritablement des nues en constatant la misère de ces enfants, leur dénuement. Qui sont ces brigadiers qui attentent à leur vie ? Quel est ce pays ?

Luisa revient avec de l'eau. Elle lave le pied de son frère en babillant : elle joue à la poupée. Le garçon fait la tête. Moi je comprends l'attrait que peut exercer la nuit citadine sur des enfants qui habitent ce taudis ; ces avenues de lumières fascinent comme des serpents et la société fournit le venin. José ne résiste pas longtemps aux chatouillis de l'eau : il retombe en enfance. Moi je les laisse jouer et je profite d'un courant chaud pour prendre de la hauteur. Je butte sur une chape d'air froid à hauteur du Corcovado. À l'Est, le Pain de Sucre se détache sur le soleil bas. Au Nord, les chaînes de collines qui dessinent des remparts, ou des barreaux, fixent Rio dans sa baie, dans la mer. Ma chaleur se dilue et je redescends ; à peine le temps d'apercevoir l'Ouest vert et de discerner le Sud bleu.

CHAPITRE 2

Quand Mary revient, vers 11 h., les gamins les plus jeunes jouent à la balle sur une terrasse. José les regarde.

" Donne ton pied. On ne va pas être forcé de le couper. Attention ça va piquer ! " Elle verse un désinfectant sur la plaie. Le petit se tord de partout en agitant les bras mais il ne crie pas.

" T'es un homme ! Quand tu seras grand nous nous marierons... D'après toi, nous serons grands un jour ?

&emdash; Oui... si nous rentrons à la nuit !

_ Tu fais le malin... N'empêche que si Antonio ne s'occupait pas de nous, nous ne serions plus là ! Je te mets un collant. Tâche qu'il dure jusqu'à demain. Je te confie les petits : vous mangez et vous faites la vaisselle ! Moi je vais au boulot. " Je la regarde s'éloigner, enfant-femme plus légère que moi... Quel travail fait-elle ? Et les plus grands, où sont-ils partis ? Je décide de suivre ma jeune nymphe aérienne.

Nous descendons vers l'océan. De nombreuses cabanes ont un étage, en fait un rez-de-chaussée supérieur qui ouvre de plain-pied sur la pente, en amont ; empilées sur le flanc de la colline en un gratte-terre glaiseux qui parodie les gratte-ciel de la richesse. Nous abordons bientôt la plage. La foule s'y presse, plus bronzée que le bronze, plus joyeuse qu'une kermesse ; une resucée carnavalesque qui refuserait à la tristesse le droit d'entrer dans les têtes ? Toujours est-il que l'on s'agite beaucoup. Ma jeune amie flotte sur le sable comme un bouchon sur la vague ; de place en place, avec l'il qui traîne négligemment sur les tas de vêtements, de victuailles. L'idée m'effleure que ma jeune amie vole sur le sable ! Une voleuse ! Je n'en suis pas vraiment surpris : tout au plus espérais-je qu'elle mendiait. J'aurais préféré qu'elle le fît : quémander une aumône c'est offrir un service, voler c'est blesser. Je me garderais toutefois de porter un jugement : sans doute sont-ils des milliers à mendier et cette offre, qui s'apparente alors à de la récupération, perd sa vertu ; l'aumône ne doit pas être une forme d'économie sociale ! Il n'en demeure pas moins que je m'inquiète pour ma voleuse. Nous croisons d'autres feux follets, moins gracieux qu'elle, mais tout aussi attentifs. Apparemment l'offre est très inférieure à la demande. Nous remontons la plage jusqu'à l'extrémité et nous bifurquons sur Botafogo. Une parcelle de forêt, incongrue, nous protège un instant : la fraîcheur de l'ombre est un délice. Ma compagne ne semble guère dépitée par l'échec de sa rapine : sans doute est-ce là son lot quotidien. Elle chantonne. Je suis moi-même heureux de sa déveine...

Nous traversons un quartier de la ville pour retrouver le sable de Botafogo plage. Mon bonheur est à l'eau. La longue marche reprend parmi les groupes qui déjeunent. Mary achète une espèce de galette qu'elle mange à l'abri d'un muret. J'en profite pour prendre un peu de hauteur.

La plage est un sourcil blond sur un il bleu. Le front serait couleur brique et les cheveux verdoyants ; car des espaces boisés recouvrent les sommets. À l'Ouest, le gigantesque christ du Corcovado appelle peut-être à lui les petits enfants que quelques-uns, en bas, tirent comme des lapins. Je m'évade vers Rio, dentelle aquatique aux échancrures pleines d'eau. Cathédrale pyramidale tronquée, pour une ville fastueuse et sale. Je rentre.

Mary mange encore, sans doute une seconde galette. Le soleil a tourné et maintenant elle peut étendre ses jambes dans l'ombre du muret. Sa quiétude m'étonne : inconséquence de l'âge ou sagesse du fauve qui se garde pour la chasse ? De petit fauve à la courte crinière noire, de fauvette cuivrée en manque de grains. De ravissante enfant... Elle se lève, époussette soigneusement sa robe en guenilles et enterre ses papiers gras. Puis elle retrouve les gens qui somnolent sous les parasols ; les dames qui serrent leur sac à main ; des brebis certes, mais nées avec les loups ! Nous marchons gratuitement, pour le fun, pour le plaisir de côtoyer la foule nue. Nous marchons jusqu'au bout, jusqu'au Morro da Viuva, une oasis de verdure qui nous relâche sur la plage de Flamengo ; sur quelques kilomètres de poussière. Surprise ! Mary traverse la route du bord de mer et poursuit son périple sur le trottoir. Elle presse le pas. Larangéras est avalé en trois quarts d'heure et nous retrouvons le sable pas loin du musée d'Art moderne. Elle se dirige alors sur la ville et par un dédale de rues gagne la plaça da Républica. Derrière un bosquet, allongé sur le gazon gris, Antonio discute avec d'autres garçons. Ils devaient l'attendre car ils se lèvent dès qu'ils la voient. Embrassades et on emprunte l'avenida Presidente Vargas. Antonio et Mary marchent devant. Ils entrent mendier dans les cafés à touristes. Les autres patientent à l'écart. Moi je m'impatiente, d'autant que je ne peux les suivre dans les débits de boissons. Je décide de retourner au gratte-terre.

Luisa dort nue sur une paillasse pleine d'herbes. Son petit corps en sueur luit dans la pénombre du galetas : une pièce dortoir encombrée de douze "lits", d'une table et de quelques tabourets ; avec dans un coin un petit réchaud à alcool et tout au fond, derrière une tenture, un vase de nuit. Un buffet sans portes protège de la vaisselle ébréchée et un broc à eau en terre cuite. Les deux fenêtres, ouvertes, ont des carreaux en papier huilé ; sur les murs, les dessins des gamins évoquent une nature moins sauvage : des forêts touffues peuplées d'animaux drôles comme les singes et les perroquets. Y a-t-il une bourgeoisie de la misère ? Des gens qui s'installent dans le malheur et le rendent "confortable" ? Si la réponse est oui, ils habitent ici.

José dort dehors, à l'ombre d'un palmier nain, corps d'enfants mélangés. Mais la sieste se termine par les pleurs d'un petit. Une fillette de douze ans dénoue l'enchevêtrement et sous les insultes va calmer le brailleur. Les bourgeois font-ils des cauchemars ? Luisa sort du dortoir et s'installe sur les genoux de son frère. Tout redevient calme. Je repars.

 

Je retrouve les mendiants vers l'océan ; ils font demi-tour par le trottoir d'en face. Ils n'ont pas changé de dispositif : deux éclaireurs et le groupe de soutien. Un café possède une terrasse ouverte : je peux participer en auditeur virevoltant. Mary sollicite un gros blond à tête d'Allemand ; d'Allemand libidineux.

_ Aidez l'enfance brésilienne monsieur. Vous connaissez ses malheurs ? " Le type à l'air de les connaître : il est probablement là pour en profiter. D'ailleurs il ne regarde que le jeune garçon qui baratine quelques tables plus loin. Il le désigne du menton.

" Il est avec toi ? Alors il est malheureux lui aussi... Tu peux lui dire de s'approcher... " Mary se déplace. Elle murmure à l'oreille de son compagnon :

" Je crois qu'on a un poisson. Il veut te voir. À toi de jouer ! " Elle continue la prospection. Antonio fait quelques tables en direction du blond. Moi je suis sidéré : voilà qu'ils tapinent maintenant ! Qu'espérais-je ? Depuis quand la misère génère-t-elle des enfants de Marie ? Non seulement ces gosses ne doivent pas mourir, mais il leur faut vivre. Et ceux-là ont charge de famille ! Vol, racolage ! Pourtant l'existence du groupe de soutien, autant que la candeur dont je persiste à affubler mes délinquants juvéniles, me laisse augurer d'un qualificatif supplémentaire différent de prostitution : extorsion ! Antonio arrive à la funeste table.

" Vous vouliez me voir ?

_ Assieds-toi une minute... Je peux peut-être t'aider... J'ai juste un peu de monnaie sur moi... Si tu pouvais venir jusqu'à mon hôtel...

_ Et vous me donneriez combien, à votre hôtel ? " Le type transpire le sperme comme un fromage blanc le petit lait.

" En dollars... dix.

_ Je ne me déplace pas à moins de vingt !

_ Comme tu y vas ! Enfin... contre le malheur il ne faut pas lésiner. Vingt mais tu restes... discuter un moment. O.K. ?

_ Il est où votre hôtel ? " Il est près du marché, à dix minutes d'ici. Mary s'éclipse.

_ Vous payez qu'on y aille ! " L'homme sort un portefeuille rempli comme la caverne d'Ali Baba. La bouffée de chaleur émise par Antonio m'envoie au plafond ! Nous sortons.

" Suivez-moi. On va prendre un raccourci. " J'aperçois les gamins qui ont pris les devants. Je suppose que le "raccourci" passe par les petites rues... Nous traversons l'avenida Rio Branco et nous pénétrons dans un dédale de ruelles qui ressemble furieusement à un filet tombé du ciel ; sur la tête d'un pédophile de la pire espèce, celle qui exploite la misère des enfants ! Quand il se voit entouré de six lames plus longues que son sexe, il ne résiste pas : il donne ses dollars, sa montre et sa chevalière. Deux secondes plus tard, seul, il dégueule dans le caniveau.

Les gosses courent se perdre sur la plage de Flamengo. Moi je reste avec Antonio et Mary. Ils se sont rejoints au musée et, main dans la main, ils marchent tranquillement sur le sable. La foule, à son apogée, les protège. Ils discutent, à peine plus excités que s'ils avaient chapardé un peu de confiture dans le buffet familial. Sont-ils conscients qu'ils viennent de menacer de mort un quidam pour lui prendre de l'argent ? Un triste sir, certes, mais ce faisant ils le rejoignent dans le déshonneur : en sont-ils conscients ? Apparemment non ! En tout cas ils supportent l'infamie avec bonne humeur et appétit : ils savourent une glace grosse comme leur tête ! J'imagine que pour eux cette brassée de dollars, c'est Bysance. Ils s'assoient au bord de l'eau, là où le sable est encore frais de la mer qui se retire. Deux héros, soudain fatigués... Comme moi : leur vie me tue ! Je vais les attendre chez eux.

CHAPITRE 3

J'arrive au gratte-terre pour constater que José et Luisa ne sont plus sur la terrasse. J'imagine que le garçon peine à marcher et je ne m'inquiète pas de leur absence. J'en profite pour visiter le quartier. Je cherche dans ma mémoire quels animaux sont plus mal logés que ces humains : hors de conditions exceptionnelles, je n'en vois pas. Aucun gîte, repaire, terrier, nid, aucune tanière, retraite, qui ne ressemble à ces bauges, hormis peut-être, celle des sangliers ! Le vent souffle où il peut, soit, mais l'esprit ? Est-il moins puissant que moi ? Quels maléfices frappent l'image de Dieu ? Dans mon soliloque je suis monté au sommet de la favela. La vue est imprenable : peut-on loger dans son âme un espace de liberté presque infini ? " Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie " Le silence effrayait le penseur, poète à ses heures. L'espace infini et la liberté qu'il sous-tend, plus encore, effraient le tout-venant. Pourtant, je jurerais que l'il qui se porte chaque jour sur un paysage vide, regarde ailleurs...

Je suis redescendu. Les premiers membres du "commando" sont de retour. Ils racontent leur fait d'armes aux petits. Quand les deux héros arrivent, ils sont acclamés. On file vite se mettre à l'abri pour admirer le butin : 355 US dollars, la Rolex métissée or acier et la bague en or. Avec un peu de chance on pourra refourguer les bijoux pour 200 ou 300 dollars. On se raconte vingt fois la tête du type quand il s'est vu piégé : "... et à l'hôtel il a dû s'occuper de son froc, plutôt que du mien ! " Je frémis...

C'est Mary qui remarque l'absence de José et de Luisa. Elle s'inquiète d'abord de la blessure au pied. Vers 20 h. tous les gosses participent à une recherche, des abords jusqu'à la plage. En vain. Quand on dîne vers 21 h. les deux gamins ne sont pas rentrés. Antonio est fou de rage :

" Si on le retrouve vivant le petit con, je le massacre ! De toute façon je le vire ! " Mary intervient :

" En attendant ils ont encore droit à notre protection : nous devons les récupérer avant les autres. Sauf que toi et moi, nous ne pouvons pas retourner dans le centre : le gros type doit s'y trouver...

_ T'as raison. Émilio et Victoré vous ferez l'avenue Vargas. C'est là qu'ils "regardaient les gens" ! Je vais les tuer... Manuel et Linba vous ferez la Rio Branco. Nous, on vous attendra près du musée. S'ils sont poursuivis, ils savent que la plage est la seule voie de salut. Il faut espérer qu'ils auront une centaine de mètres d'avance sur leurs poursuivants en abordant le sable : Mary et moi nous profiterons de l'obscurité pour prendre leur place. Aucune chance qu'ils nous rattrapent !

_ Sauf s'ils sont moins cons pour une fois et qu'ils en envoient barrer la plage.

_ On ferra gaffe en arrivant là-bas. Toi, Sergio, tu t'occuperas des gamins quand ils arriveront. Vous vous jetterez sur la droite.

_ Comment je saurai que les autres ils nous voient pas ? Parce que s'ils nous voient on est mort !

_ Tu attends sous la dernière lampe, près du kiosque. Tu verras à quelle distance sont les poursuivants. Il faut cent mètres pour être sûrs de notre coup... Tu prendras des repères avant. Si y'a moins, nous aiderons les mômes à courir. C'est jouable... En partant maintenant on a une petite chance de les reprendre avant les autres. En route ! "

 

Ils étaient prêts à risquer leur vie pour des frères adoptifs, petits compagnons de misère trouvés sur l'avenue, un soir comme celui-ci, l'hiver dernier. José s'était jeté devant sa sur quand ils s'étaient crus menacés et ce geste avait plu à Antonio.

" Pourquoi nous faire ça, bon Dieu ! Et avec sa sur en plus ! Il se ferait tuer pour elle ! Et nous on va se faire tuer pour eux ! Putain de merde ! T'as une idée, toi ? " Mary n'en a pas. Moi j'en ai peut-être une : ce môme a l'océan dans sa tête. Chez des parents bourgeois, il fuguerait. Je ne tiens plus. Je dois aller à leur recherche : peut-être se sont-ils simplement endormis sur la plage, dans le château qu'ils auraient construit ? Avant d'être des victimes, ce sont des enfants ! Je vais quand même les chercher dans la ville... Je saute sur une brise de terre et me voilà sur la mer...; sur l'océan qui là-bas, très loin, s'enfonce dans le noir ; sur cet amnios qui chaque nuit nourrira la lumière ; sur l'eau bleu azur de l'Est qui chaque matin lancera le soleil ; sur la mer, quoi ! Je reprends mes esprits et je vire bâbord. Je survole Santos Dumont Airport et j'atterris à l'aplomb de N.S. do Candelària, à l'extrême Est de la Presidente. L'avenue Vargas pulse le sang carioca, un sang-mêlé de toutes les couleurs, un liquide vivant. Trouver deux petits globules gris là-dedans relève de l'exploit. Je vole au plus près, d'haleine en haleine, d'ale en ail, d'elle en lui, visitant le monde au Brésil, le peuple de Rio. En bières et en vain ! Je fais trois fois le tour sans trouver les gamins. Ont-ils retenu la leçon et je les retrouverai sur le chemin du retour : après tout, le couvre-feu n'est qu'à dix heures ! Je remonte l'avenue Rio Branco. La foule se presse vers la plage, pour une dernière visite, pour la cueillette de la première fraîcheur. Ambiance calme et joyeuse. Je comprends les gamins : j'oublie la mort...

Vingt et une heures trente. J'aperçois le groupe de recherche qui arrive au musée. Ultime conciliabule et l'on se sépare comme convenu. Je décide de suivre ceux qui partent vers le centre. Ils marchent vite, à contre-courant. Il faudrait courir : le temps va jouer contre eux ; à la roulette brésilienne : une roulette russe sur fond de samba ! D'ailleurs Émilio et Victoré, chargés de prospecter l'avenue Vargas, dévalent la Rio Branco en courant. La pénombre gagne et déjà creuse des alcôves dans les recoins. L'avenue se coule dans la noirceur, l'avenue se fane. La mort se lève. De grandes silhouettes brunes, rares encore, jaillissent et disparaissent comme de mauvais présages. Les deux gamins courent et moi je vole : nous ne croisons que d'autres possibles proies. Qu'ont-elles donc à traîner en ces funestes endroits ? Papillons fascinés ? Soudain nous découvrons les nôtres, José et Luisa, installés sur le rebord d'une fenêtre, happés par la musique qui peuple le trottoir, musiciens à l'ouvrage, de café en café. Juste le temps de voir le pied blessé et le pansement rouge-noir, et les grands les enlèvent. Dix heures. Victoré charge José sur son dos. S'il faut courir, ils sont perdus ! Émilio part devant avec Luisa pour chercher du renfort. Je les accompagne. La chance nous poursuit : dès l'avenue Rio Branco nous rencontrons Manuel et Linba. Celui-ci, le moins costaud, continue avec la petite et les deux autres rebroussent chemin : la brigade n'attaque jamais un groupe d'enfants protégé par la foule. Et puis il faut se relayer pour porter José. Le gosse est K.O. assis. La fièvre probablement et l'accueil des sauveurs : " Tu vas voir ta gueule, si on s'en sort... " Moi ce que je préfère dans mon métier, c'est de faire chanter les choses... Alors forcément, je suis mauvais juge... Mourir pour une musique : quelle leçon de vie ! Mais vivre pour en écouter d'autres, ce n'est pas mal non plus... Les avenues sont avalées et voilà le musée. Je m'élève pour voir : nous ne sommes pas suivis. Le kiosque, le lampadaire et Sergio sont là. En absence de poursuivants nous devons rentrer par les rues. Quelques pas sur la plage pour récupérer Antonio et Mary et nous filons dans Gloria endormie. La banlieue respire comme une dormeuse, le souffle doux venu de l'océan, brisé par le flot rythmé de l'autoroute. Les deux grands portent les deux petits sur leur dos, les bras autour du cou, comme des cordons. Nous montons dans le silence : Catete, Laranjeiras, plongée sur Botafogo et enfin Copacabana. Quand la porte se ferme sur les enfants exténués, il est près de minuit.

CHAPITRE 4

J'ai passé la nuit dans le creux d'un arbre, comme un écureuil, à respirer l'odeur suave de la résine : une bonne brise de terre menaçait de me priver du dénouement. Avec les rayons nouveau-nés l'air s'est apaisé et je peux lézarder sur le toit. Un chahut qui vient de l'intérieur et la porte lâche les plus matinaux. Il est neuf heures. Antonio sort le premier. Puis Mary et les autres, les plus âgés d'abord. Quand on a vu qu'il fait beau, on rentre prendre le petit-déjeuner. Je pénètre par une fenêtre ouverte. Luisa est levée mais son frère est couché, avec Mary et Antonio à son chevet. Mary consulte :

" T'as mal à ton pied ? T'es tout chaud ! On va appeler le docteur. On va pouvoir le payer ! Il n'en reviendra pas !

_ Docteur ou pas, moi je veux qu'on règle son compte pas plus tard qu'aujourd'hui ! Tous ceux qui ont risqué leur vie à cause de sa connerie le jugeront. Luisa pourra choisir de rester ou de suivre son con de frangin... " Mary intervient.

" Moi je serai son avocate. Va prévenir le toubib, sinon tu vas te priver d'une vengeance.

_ Il va vouloir qu'on l'amène.

_ Oui mais pas question de le faire attendre dehors pendant des heures. Quelqu'un va garder la place et viendra nous chercher juste avant de passer. En attendant je vais changer son pansement. " Antonio disparaît et Mary, aidée de Luisa, s'active sur le pied en question.

Mary :

" Alors t'as pas pu résister ! T'étais prévenu pourtant. T'as toute la journée pour voir du monde ! Pourquoi le soir ?

_ Y'a pas de musique le jour.

_ Y'a pas de brigade non plus ! Et je regrette : sur la plage, y'en a de la musique !

_ Y'a pas de musiciens...

_ Je rêve ! Comment je vais t'éviter de te faire éjecter si tu sors des conneries pareilles ? Tu n'as pas l'air de réaliser que nous avons risqué notre vie pour vous ! Quoi ?

_ Je ne demandais rien.

_ Bon ! toi d'accord, tu veux aller là-haut voir si la musique est bonne... Mais ta sur, elle en a marre de la vie, elle aussi ? T'as pensé à ta sur ? Dis-lui toi, que tu veux vivre...

_ J'aime bien la musique et j'aime bien voir des gens...

_ Moi aussi ! mais pas à en crever ! Qu'est-ce qu'on va faire de vous ? Monsieur a une idée ?

_ Je sais pas...

_ Bon... Tu vas être jugé. Antonio veut te virer : tu mets la communauté en danger. Tant que tu es avec nous, nous devons te protéger. Tu comprends ?

_ Pourquoi vous nous laissez pas ?

_ Tout seul dans la ville t'as le choix entre vivre moins d'un mois et aller à l'orphelinat : mourir vite ou lentement. Ici, tu vis pas trop mal et assez longtemps pour en profiter. Mais tu dois respecter quelques règles ! Nous t'abandonnerons à l'orphelinat, si c'est ça que tu veux... Tous n'en meurent pas ! Je ne sais pas si tu as encore le choix. Je vais te défendre mais moi aussi je risquerai ma vie si tu continues à déconner. Tu veux m'aider ? Vous êtes bien avec nous ? Tu connais rien d'autre... On est gentil ?

_ Oui. Je sais pas pourquoi je pars...

_ Je crois que je sais : t'es comme moi sauf que t'as pas peur. J'espère que les autres comprendront ! " Mary a terminé les soins. Elle remet les ciseaux, la gaze et les collants dans la boîte en métal et va la poser dans le buffet. Puis elle revient, retape un peu le lit, force le gosse à s'étendre et le bise sur le front.

" T'as pas une gueule d'assassin et tu joues avec nos vies... T'es un vrai gamin. Dors ! " Elle part encourager les plus petits qui font le ménage. Antonio arrive.

" T'avais raison, il faudra l'amener. Dans deux heures. Manuel nous préviendra. Si on le jugeait en attendant ?

_ C'est si urgent ?

_ Il s'est barré avant-hier, hier, et pourquoi pas ce soir ? Ce soir il couchera à l'orphelinat ! D'ailleurs il sera mieux soigné qu'ici.

_ Dis que tu veux t'en débarrasser ! Mais tu n'as pas encore gagné : le petit fait partie de la famille et nous devons le défendre ; au besoin contre lui-même ! Si nous prenons l'habitude de régler nos problèmes de personnes en éjectant les fautifs, bientôt tu seras tout seul !

_ Il met nos vies en danger !

_ Il est la vie. Comme moi, comme toi ; je suis sûre qu'il est comme toi ! Sauf que lui c'est un enfant... Nous on est quoi Antonio ? On est quoi ? Des monstres Antonio, des petits monstres, les filles et les fils des grands monstres de la brigade ! Regarde-nous Antonio : même pas finis et déjà plus instruits que des marines, plus roublards que des prêteurs, plus teigneux qu'une maffia, et tu voudrais qu'en plus nous soyons aussi impitoyables que nos pères ! Et pourquoi en sommes-nous là Antonio, pourquoi ? Parce que pour nous il n'est pas question de vivre tout simplement : il n'est question que de survivre ! Nous ne sommes pas des êtres vivant Antonio : nous sommes des êtres survivant ! Pas des viveurs : des surviveurs !

_ N'empêche que je préfère ça à être mort !

_ Moi aussi et c'est bien là le fond du problème... Un problème qu'un enfant ne connaît pas.

_ Imagine que nous le gardons, je dis bien imagine : comment l'empêcher de fuguer ? Nous voulons rester ne serait-ce que des survivants ; alors t'as intérêt à être convaincante !

_ J'ai mon idée mais je la réserve au jury. Toi t'es trop remonté ! Bon ! On attend que le petit revienne du docteur et on attaque. Enfin, toi...

_ Je ne suis pas une bête : je suis responsable de notre communauté.

_ Je sais... mais sa vie vaut bien la nôtre ! Tu sembles l'oublier. Il ne restera pas à l'orphelinat : donc il s'agit de le condamner à mort !

_ Sa vie contre la mienne hier soir je l'aurais donnée. Sa vie contre les nôtres, aussi ; parce que je croyais à un "accident". Avec un fugueur chronique, je n'ai ni le goût ni le droit de sacrifier le groupe. Si tu ne trouves rien, il partira ! Je vais dans le centre pour essayer de fourguer la montre. Je serai de retour vers une heure. J'aime bien que tu ne penses pas comme moi : c'est rassurant. " 

Je ne garantis pas une traduction littérale, mais les idées étaient bien là. Les sentiments aussi. José est appelé vers onze heures trente. Mary l'accompagne. Trois dollars pour un diagnostique, des antibiotiques et des pansements. Rien de grave mais de l'hygiène et du repos. Bien docteur. Dites-le-lui car nous, il ne nous écoute pas ! À midi et demi tout le monde est de retour, même Antonio qui a récupéré deux cents dollars pour la Rolex : un touriste français qui connaissait mieux les montres que les pratiques locales. Le repas tient de la fête et de la veillée : l'angoisse tempère la joie. Luisa fait la navette entre la table et son frère qui mange au lit. À peine le déjeuner est-il terminé que le tribunal se met en place : une drôle de juridiction dont tous les membres sont à la fois juges et parties. Encore que cela soit souvent le cas puisque le jury le plus indépendant ne punit que pour mieux défendre les siens ! Antonio sera l'accusateur et Mary le défenseur. Émilio mènera les débats. Le jury est composé des quatre autres gamins les plus âgés mais les sept membres du tribunal voteront. On prend place autour du lit de l'accusé. Émilio, qui vient d'être longuement informé par le procureur et l'avocate, énonce l'acte d'accusation.

" José tu es accusé d'avoir, par ton comportement, mis la vie de tes camarades en danger ! Tu réponds quoi ? " Mary se lève :

" Que ce n'était pas dans mon attention ! Et que si vous étiez venus me chercher plus tôt, j'en étais quitte pour une raclée. " Antonio réagit violemment devant la tournure du débat.

" Il n'est pas trop tard pour te la donner ! Dis donc, on est libre de revenir ici quand on veut ; jusqu'à la nuit ! Si tu ne nous avais pas fait le coup la nuit précédente, on attendait dix heures du soir pour aller vous chercher ! Trouve autre chose !

_ N'empêche que... Vous seriez partis plus tôt... " Puis Marie développe les arguments qu'elle avait avancés tout à l'heure devant Antonio. Les autres suivent intéressés mais personne ne trouble le duo. Arrive le moment où Antonio réitère sa question :

" Imagine que nous le gardons, je dis bien imagine : comment l'empêcher de fuguer ?

_ Qu'est-ce qu'il aime José ? Qu'est-ce que nous aimons ? La Musique ! Nous avons réussi un beau coup hier ? Plus de 600 dollars dans la caisse... D'accord, on a plein de trucs utiles à acheter... Mais avec trois cents dollars on peut faire de la musique nous-mêmes ! Je me suis renseignée : le vieux Marcos est prêt à nous apprendre à jouer ! Il dit que si on est bon, dans un an ou deux on pourra défiler ! Alors monsieur le fugueur, si tu apprends la musique est-ce que tu rentreras tôt ? Réfléchis avant de répondre...

_ Oui...

_ Jure et crache ! Bien ! C'était ma proposition ! Qui aimerait faire de la musique ?" Tous les bras se lèvent. Sauf celui d'Antonio.

" Qui est prêt à se faire trouer la paillasse si le petit n'aime plus son pipeau ? Je trouve ça bien de monter une école et de toute façon il faudra le faire, mais ça ne règle pas notre problème.

_ Dis tout de suite que tu veux le virer, un point c'est tout ! Ce n'était pas la peine de faire tout ce cinéma ! Prends la responsabilité de ton crime ! Mais moi je partirai avec lui ! Si je dois avoir du sang sur les mains, je préfère que ce soit le mien...

_ Oh là là ! les filles ! On vote. Qui est pour l'école ? Tout le monde. Qui est pour garder le fugueur fou ? Tout le monde moins un. Qui s'abstient ? Moi. Président, dis la sentence.

_ José tu restes avec nous. " Mary se jette dans les bras d'Antonio, les autres se jettent sur José qui gueule à cause de son pied et Luisa qui n'a pas tout compris se met à pleurer. Après quoi on décide d'aller en ville fêter ça. Mary s'adresse au rescapé :

" On y va tous. Tu resteras seul : ce sera ta punition ! Tâche d'être là quand nous reviendrons. " Elle est heureuse Mary car la démocratie a triomphé. Il est plus sombre Antonio, pour la même raison. Par contre il est très fier de Mary. Ça sert à ça aussi, la démocratie.

Nous marchons vers l'océan. Au loin, couronnant la brume, de gros nuages noirs annoncent mon départ. L'air s'agite. Je vais prendre congé des enfants qui chantent. Le vieux Marcos va avoir du boulot ! Je passe dans les cheveux, je caresse les fronts, je pars... Je suis parti !

 

 

Retour vers la page d'accueil.

Pour me contacter

r.chapnikoff@litterature.net